L’activité physique pour lutter contre la récidive du cancer
Le mouvement et le sport sont souvent présentés comme des leviers dans la prévention du cancer. Dans cet article, on vous parle du rôle de l’activité physique dans la lutte contre la récidive du cancer. Quels sont ses bienfaits et comment l’intégrer à un quotidien post-traitement ? C’est ce que l’on vous propose de découvrir, avec en bonus, l’interview de notre Wonder Julie.
L’activité physique pour lutter contre les récidives de cancer : définition et chiffres clé
Qu’on soit concerné ou non par la maladie, l’activité physique est aujourd’hui un terme qui fait pleinement partie de notre vocabulaire (mais sa pratique fait-elle réellement partie de notre quotidien ?).
Avant de s’intéresser à son rôle en post-cancer, prenons d’abord un instant pour bien comprendre de quoi il s’agit.
L’activité physique : définition officielle
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS pour les intimes) définit l’activité physique comme :
“Tout mouvement corporel produit par les muscles squelettiques qui requiert une dépense d’énergie. L’activité physique désigne tous les mouvements que l’on effectue notamment dans le cadre des loisirs, pour se déplacer d’un endroit à l’autre, sur le lieu de travail ou lors des tâches ménagères. Une activité physique d’intensité modérée ou soutenue a des effets bénéfiques sur la santé. La marche, le vélo, les déplacements en fauteuil roulant, en skateboard, en patins à roulettes ou en trottinette, par exemple, le sport en général, la détente active et le jeu sont autant de façons courantes de pratiquer une activité physique pouvant être appréciée de tous, quel que soit le niveau de chacun.”
Si vous avez pris le temps de lire cette définition avec sérieux, vous avez alors compris que l’OMS n’incite personne à courir des marathons tous les jours. En revanche, elle recommande vivement d’intégrer le mouvement à notre quotidien. Et le mouvement, finalement, ça englobe tout un tas de petites choses que l’on peut mettre en place dans nos routines de tous les jours, afin de prendre soin de nous sans même nous en rendre compte :) Nous y reviendrons plus en détail dans la seconde partie de cet article, c’est promis.
Les facteurs de risques : bouger pour prévenir
Aujourd’hui, cela n’est plus à prouver, de nombreuses études scientifiques ont mis en évidence que certains facteurs de risques de cancer pourraient être évités. Parmi eux, on pense bien évidemment au tabac et à l’alcool, mais l’alimentation et l’activité physique régulière font également partie de l’équation.

En effet, le surpoids et l’obésité (résultant d’une activité physique insuffisante et/ou d’une alimentation peu variée) peuvent favoriser certains types de cancers, notamment le cancer du sein chez la femme ou encore le cancer colorectal chez l’homme.
Cela s’explique en effet par l’inflammation chronique qui peut se développer chez les personnes qui présentent une surcharge pondérale : les tissus adipeux produisent plusieurs types de molécules responsables de l’inflammation et créent ainsi un contexte favorable au développement des cancers.
Un autre rôle que l’on peut attribuer à l’activité physique est celui de réguler les hormones (comme l’insuline, par exemple) dont certaines sont directement impliquées dans le développement des cancers hormonodépendants. On imagine donc aisément que si l’activité physique joue positivement sur nos hormones, alors elle permet de prévenir les cancers qui impliquent les hormones. Logique, non ? ;)
Enfin, bouger, c’est bon pour renforcer notre système immunitaire : un système immunitaire performant permet à notre corps de détecter et d’éliminer plus facilement les éventuelles cellules défaillantes… comme les cellules cancéreuses.
L’activité physique en post-cancer : lutter contre la récidive
En post-cancer, l’activité physique est donc plus importante que jamais pour lutter contre la récidive. Le Réseau NACRe (Nutrition, Activité physique, Cancer, Recherche), soutenu par l’INRAE et l’Institut National du Cancer a d’ailleurs publié un rapport en ce sens, soulignant que l’activité physique adaptée peut aider à prévenir les récidives de la maladie.

Comme expliqué plus haut, la surcharge pondérale peut jouer un rôle important dans le développement du cancer. Ainsi, une étude du réseau a montré que l’obésité chez la femme est associée à une augmentation significative du risque de second cancer. Dans le cas du cancer du sein, l’augmentation serait de 37 % de développer un cancer de l’autre sein, de 89 % de développer un cancer colorectal et de 96 % de risque de développer un cancer de l’endomètre.
La Fondation ARC (Fondation pour la recherche contre le cancer) partage également des chiffres en faveur de l’activité physique pour lutter contre la récidive : ainsi, dans le cas du cancer du sein, elle permettrait de réduire le risque de 24 %, allant jusqu’à une réduction de 39 % dans le cas du cancer colorectal.
Bouger après la maladie : intégrer une routine qui vous fait du bien avant tout
Les recommandations : pour une activité physique qui permet de lutter contre le retour de la maladie

Après les traitements, les recommandations concernant l’activité physique sont les mêmes que celles données à l’ensemble de la population. Pour rappel (si vous ne le savez pas déjà), il est frangement recommandé de pratiquer une activité physique modérée 30 minutes par jour, 5 jours sur 7. Idéalement, il est préconisé d’ajouter à cela 1 à 2 séances de 45 minutes de renforcement musculaire et enfin d’ajouter 2 à 3 séances d’étirement.
Le mouvement : véritable prescription médicale
Depuis un décret paru en décembre 2016, la loi de modernisation du système de santé français précise que dans le cas d’une affection longue durée (telle que le cancer), le médecin peut être amené à prescrire (vous avez bien lu : PRESCRIRE), des séances d’activité physique adaptée, dans le cadre du parcours de soins de chaque patient.
Ainsi, on comprend bien la nécessité de bouger pour préserver sa santé. L’Inserm parle d’ailleurs dans ce cas précis d’un traitement à part entière (je répète : À PART ENTIÈRE) pour ces affections chroniques invalidantes.
L’Activité Physique Adaptée : une pratique encadrée
L’activité physique adaptée est encore parfois méconnue : pourtant, elle est un véritable allié pendant et après les traitements. Encadrée par des professionnels (généralement des enseignants en activité physique adaptée qui font partie intégrante de l’équipe pluridisciplinaire), il s’agit d’une pratique qui prend en charge la personne dans sa globalité et qui sans surprise… s’adapte ! Les objectifs de cette activité physique adaptée ? Prévenir l’apparition ou l’aggravation de la maladie, favoriser l’autonomie du patient tout en augmentant sa qualité de vie, mais également lutter contre l’isolement.
L’activité physique au quotidien : des associations dédiées
Aujourd’hui, de nombreuses associations s’engagent à proposer des séances d’activité physique adaptée, dispensées par des enseignants APA diplômés. Si vous vous sentez un peu seul.e et perdu.e dans votre approche du mouvement, on vous invite vivement à vous informer à propos de ce qui existe près de chez vous. Des associations d’anciens patients pourront sûrement vous orienter, sinon, pour ne citer que celles-ci, on vous recommande de vous renseigner au sujet de la CAMI Sport & Cancer, de SielBleu, ou des Maisons Sport-Santé (dispositifs mis en place par le gouvernement depuis 2019).
Le mouvement partout et tout le temps : les routines à intégrer au quotidien
Sans surprise, vous vous en doutez, on va ici vous dire de privilégier la marche ou le vélo dès que vous le pouvez, de prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur, et de veiller à ne pas rester assis.e plus de deux heures d’affilée sans avoir pris le temps de vous mettre en mouvement. On pourrait aussi vous dire de descendre un arrêt de métro plus tôt, ou encore de garer votre voiture un peu plus loin… Mais tout ça, vous le savez déjà ! Pourtant, parfois, on a du mal à appliquer ces petites habitudes au quotidien.
Voici donc quelques idées pour intégrer l’activité physique au quotidien et ne pas se dérober :
Installer une application type podomètre ou suivi d’activité physique dans votre téléphone

Ça peut paraître tout bête, et pourtant, on connaît plus d’une personne devenue accro à ses statistiques journalières. Vous fixer un objectif de x pas par jour peut être un bon moyen de vous motiver et de vous pousser à sortir, même quand le temps ne vous y invite pas frangement. Bien évidemment, il y a également l’option montre connectée… à vous de voir si cela peut vous faire bouger plus souvent.
Programmer des séances à plusieurs
Entre ami.e.s ou collègues, si vous vous entraînez à bouger à deux (ou plus !), il est difficile de vous défiler quand la démotivation vous guette. Programmer sa séance de marche, de vélo ou encore de natation à deux, c’est doubler ses chances de la faire réellement et surtout… c’est s’assurer de maintenir un lien social, ô combien important en post-cancer ! Tout est bénef’ ;)
Télécharger des applications mobiles
De nombreuses applications mobiles existent aujourd’hui : payantes ou gratuites, on est certaines que vous pourrez y trouver votre bonheur. Yoga, Pilate ou encore indoor Cycling, il y en a pour tous les goûts. Les chaînes YouTube au contenu gratuit sont également une bonne option : il suffit de trouver l’activité et l’approche qui vous fait du bien !
Participer à des défis sportifs

Quoi de plus motivant que de participer à des défis sportifs pour mettre du mouvement dans votre quotidien ? Si vous avez l’âme de la compétition, sachez que des applications (comme DéfiSportif, par exemple) vous permettent de vous challenger afin d’atteindre vos objectifs. Enfin, ponctuellement, il existe des challenges qui permettent de bouger pour la bonne cause : on pense notamment à des événements comme le Challenge Collectif Triplettes Roses, dont l’objectif est de lever des fonds pour la recherche de cancer du sein triple négatif.
Les précautions avant de reprendre l’activité physique après un cancer
Où que vous en soyez dans votre parcours de soins, avant de vous lancer dans une quelconque activité physique, il est indispensable d’avoir l’aval de votre médecin. Les associations et professionnels du mouvement vous demanderont très certainement de présenter un certificat de non contre-indication à la pratique de l’activité physique adaptée. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire :)
L’activité physique pour limiter le risque de récidive : l’interview-témoignage de notre Wonder Julie, capitaine de l’équipe de Frange
1. Est-ce que les équipes médicales t'ont incitée à faire une activité physique pendant et après les traitements ?
Oui, dès l'annonce de la maladie, les équipes médicales m'ont rapidement parlé des bienfaits de l'activité physique adaptée (APA), tant pendant qu'après les traitements. Ils m'ont expliqué que cela pouvait aider à mieux supporter les effets secondaires, à limiter la perte musculaire et à favoriser la récupération et surtout à combattre la fatigue.

Cependant, au début, je n'étais pas réceptive à ces conseils, moi qui avais toujours été sportive (et sportive de haut niveau), car cela ne m'avait pas empêchée de tomber malade… J'étais en colère…
2. Est-ce qu’il y a eu un déclic pour t'y remettre ?
Effectivement, ayant été sportive toute ma vie, je me suis sentie trahie par mon corps lorsque j'ai été diagnostiquée. Je me disais que malgré tous mes efforts pour rester en forme, cela ne m'avait pas empêchée de tomber malade. Le déclic est survenu bien après la phase la plus intense des traitements…
Il me semble avoir attendu 2 ans après ma dernière chimio avant d'accepter de me remettre à une activité physique. Mais chassez le naturel, il revient au galop, surtout quand on a toujours fait du sport dans sa vie.
J'ai ressenti le besoin de me réapproprier mon corps et de lui faire du bien autrement que par les soins médicaux. J'ai eu besoin de retrouver confiance en lui (car j'avais l'impression qu'il m'avait un peu trahie).
J'ai compris que l'activité physique pouvait m'aider à mieux vivre l'après-cancer, tant physiquement que mentalement afin de réussir à pardonner à mon corps.
3. Comment as-tu repris l’activité physique ? As-tu été accompagnée ? Plutôt activité solo ou en groupe ?
J'ai repris très progressivement, seule au départ, sans pression. Je faisais quelques étirements, un peu de marche, puis petit à petit, je me suis mise à m'offrir des séances privées de Yoga Vinyasa.

J'ai également testé l'activité physique adaptée avec des professionnels formés à l'APA, ce qui m'a permis de reprendre confiance en mes capacités, sans me blesser et à mon rythme. Cela m'a rassurée d'être encadrée par quelqu'un qui comprenait les spécificités liées à la maladie et à ses séquelles.
4. As-tu ressenti rapidement les effets de l’activité physique après les traitements ? (sur ton corps, ton esprit, ton mental…)
Oui, les bénéfices se sont fait sentir assez rapidement. J'avais moins de fatigue, un meilleur sommeil, moins de douleurs musculaires, mais surtout un impact énorme sur le moral. J'avais l'impression de reprendre le pouvoir, de ne plus subir uniquement les traitements, mais d'agir moi aussi, à ma façon et surtout de reprendre confiance en moi, et dans mon corps, jusqu'au jour où j'ai réussi à lui pardonner.
5. As-tu rencontré des obstacles dans ta pratique ? Si oui, quelles solutions as-tu trouvées ?
Bien sûr, il y a eu des obstacles : le manque d'énergie certains jours, les douleurs post-opératoires et post traitement de chimio et radiothérapie, la peur de trop en faire ou de mal faire. Mais j'ai appris à écouter mon corps surtout grâce au Yoga, à adapter l'intensité et à accepter les jours sans. Quand j'en avais besoin, je demandais conseil à mon mari qui est kiné, à des coachs formés à l'APA, et je me suis entourée de personnes bienveillantes qui comprenaient ces montagnes russes physiques et émotionnelles. Un immense merci à Vanessa, ma professeur de Yoga qui a tellement compté dans cet après-cancer jusqu'à ce que je re-prenne mon envol.
6. Aujourd’hui, tu pratiques une activité physique régulière, peux-tu nous en parler un peu plus ?

Aujourd'hui, l'activité physique fait partie intégrante de ma vie. Je pratique en moyenne 3 fois par semaine, selon mes besoins et mes envies. Je ne fais plus de Yoga, je suis passée au Crossfit... et Cross training qui est un mélange de renforcement musculaire et de cardio. Mon objectif, ce n'est pas la performance, mais l'équilibre : bouger pour me sentir bien, pour entretenir ma santé physique, mentale et surtout émotionnelle. (Surtout que désormais, en plus d'être une ancienne malade, je suis cheffe d'entreprise aka capitaine de l'équipe de Frange des Franjynes - alors j'ai besoin d'une hygiène de vie et d'un entraînement de sportif de haut niveau pour tenir le rythme au quotidien).
7. Quels conseils donnerais-tu à une personne qui ne sait pas comment s’y prendre pour intégrer l’activité physique à son quotidien ?
Je conseillerais d'y aller pas à pas, sans se mettre de pression, mais des tout petits objectifs. En commençant par des petits efforts de 10 minutes par jour, c'est déjà très bien. L'essentiel, c'est de trouver une activité qui fait du bien, et qui donne envie de recommencer. Il ne faut pas hésiter à se faire accompagner par des professionnels de l'APA, surtout au début, pour adapter les exercices à sa situation.
8. Qu’est-ce qui te motive et te fait enfiler tes baskets les jours où ton moral est un peu bas ?
Souvenir du jour où notre Wonder Julie a porté La Flamme Olympique.
Les jours où le moral est dans les chaussettes, je me rappelle à quel point je me sens mieux après. Je me dis : "Fais-le pour toi, parce que tu sais que ça va t'apaiser, t'ancrer, t'aider à voir les choses avec plus de légèreté." Et quand vraiment ça ne va pas, j'accepte aussi de me foutre la paix — parce que parfois, la meilleure des activités, c'est aussi le repos bienveillant et un bon Netflix and chill huhu.
Merci à Julie d’avoir répondu à ces questions ! On espère sincèrement que cet article aura pu vous apporter un éclairage au sujet de l’activité physique pour lutter contre la récidive du cancer. N’oubliez pas de vous faire accompagner et d’obtenir l’aval de votre médecin avant d’enfiler vos plus belles baskets. Prenez bien soin de vous ! On vous attend comme toujours sur nos réseaux sociaux. :)
Sources :
Fondation Arc : Les facteurs de risque et l’activité physique.
Centre de Lutte Contre le Cancer Léon Bernard : Activité Physique et Cancer.
Inserm : Faire de l’activité physique pour lutter contre le cancer.
AFSOS : Référentiel Activité Physique & Cancer.
Réseau NACRe : Facteurs nutritionnels et second cancer, données scientifiques.
